Melanie Doucet

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat conjoint en travail social
Affiliation actuelle:
Université McGill et Université de Montréal
Région:

Elle analyse les services sociaux et de santé offerts aux jeunes par les systèmes de protection de la jeunesse et propose des façons de les améliorer.

Mon projet de recherche

Les jeunes qui ont été pris en charge par l’État constituent une population particulièrement vulnérable ; une fois adultes, leurs chances d’épanouissement sont moindres. Le degré et la qualité de l’appui reçus durant la période de transition vers l’âge adulte influent directement sur l’avenir de ces jeunes, que ce soit au niveau des réussites scolaires, des aptitudes au travail ou de leur bien-être global comme adultes. La recherche de Melanie porte principalement sur les expériences d’anciens jeunes pris en charge pendant et après leur transition vers une vie autonome. Elle s’intéresse particulièrement aux facteurs de risques et de protection qui ont pu avoir des incidences sur leurs expériences. Au niveau des facteurs de protection, elle souhaite identifier quels appuis et services l’État a offert aux jeunes pris en charge, soit pendant et suite à leur transition hors des organismes de protection de l’enfance, et s’attardera notamment sur la formation de vie autonome, le soutien psychologique et le suivi continu. Ainsi, Melanie examine si l’État a assumé ses responsabilités en tant que gardien des jeunes sous sa charge et de ceux ayant quitté le système et, si leurs droits ont été respectés. À partir de ses conclusions, elle rédigera des recommandations de politiques publiques afin d’améliorer les services offerts par les organismes de protection de l’enfance.

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes  

Ma recherche porte sur l’expérience des jeunes dans le système de placement en familles d’accueil et dans les foyers de groupe, pendant et après leur transition vers la vie autonome. Je m’intéresse particulièrement aux types de soutien et services que les jeunes pris en charge reçoivent de la part des services de protection de l’enfance avant, pendant et après leur transition hors du système. Je tente de voir s’il y a des lacunes dans les services en place et si le ministère responsable des services de protection de l’enfance assume ses responsabilités à titre de tuteur légal des jeunes pris en charge, pendant leur séjour dans les familles d’accueil et au moment où ils les quittent. Mon travail vise à déterminer si les droits de l’enfant et de la jeunesse y sont respectés et s’il y a lieu d’apporter des améliorations au soutien et aux services offerts. Finalement, je veux connaître l’appréciation que font les jeunes de leur expérience pendant la prise en charge et lors de leur sortie du système de protection de l’enfance. 

Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir ce projet en particulier? 

J’ai moi-même été prise en charge pendant mon enfance. Ce sujet de recherche est donc très proche de moi. Je souhaite puiser à même mes traumatismes pour trouver des façons productives et utiles d’aider des jeunes qui souffrent en silence. Mon expérience à titre de jeune prise en charge influence grandement mes objectifs et mes aspirations de carrière. Je voudrais remettre en question le secteur des politiques d’aide à l’enfance au Canada de sorte à traiter nombre d’enjeux auxquels font face les enfants et les jeunes en familles d’accueil ou dans des foyers de groupe. Bien qu’il y a eu de nombreux changements positifs dans le système depuis mon expérience, au milieu des années 1990, ma participation au Réseau national des jeunes pris en charge m’a fait voir qu’il reste beaucoup de travail à faire et que les enfants et les jeunes pris en charge font encore face à des enjeux dont on doit tenir compte.  

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant?  

Les jeunes en familles d’accueil dans les foyers de groupe sont très désavantagés par rapport aux autres, puisque la plupart d’entre eux doivent renoncer aux services de protection de l’enfance entre 16 et 19 ans en raison des âges limites pour l’admissibilité; la plupart des autres jeunes restent avec leurs parents jusqu’à la vingtaine. Les jeunes pris en charge font face à des défis spécifiques et ils proviennent de milieux où les abus et les traumatismes affectent profondément leur vie s’ils ne bénéficient pas du soutien, des services et des relations adéquates au cours de leur séjour en accueil. Je crois fermement qu’il s’agit là d’un grave problème social qui mérite une plus grande attention, notamment quant à la transition hors du système, quant au rôle du ministère comme tuteur légal et quant aux droits des jeunes pris en charge. Je veux donner la parole aux jeunes qui ont vécu cette expérience. À la lumière de leurs commentaires, je prévois dresser une série de recommandations pour l’amélioration des services de protection de l’enfance.  

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux?

D’abord et avant tout, je souhaite que les enfants et les jeunes placés dans des familles d’accueil et des foyers de groupe bénéficient de mes recherches. Ils auront inévitablement à faire face aux difficultés que représente leur passage à l’autonomie, bien souvent avant d’y être prêts. J’espère que ma recherche servira à mettre au jour cette réalité, et ce, grâce au vécu même des jeunes. Avec mes recommandations, je voudrais aider les ministères responsables des services de protection de l’enfance à améliorer les lois, les politiques et les services offerts aux enfants dont ils ont la charge et je voudrais que les processus de transition à la vie adulte soient plus positifs et moins abrupts. Ma recherche pourrait servir à attirer l’attention sur un enjeu pour lequel les efforts de réforme doivent prendre en compte la voix des jeunes. Je voudrais aussi que ma recherche éclaire les cours et les programmes universitaires de sorte à doter les travailleurs sociaux des bons outils pour offrir un meilleur soutien aux jeunes qui se préparent à la transition hors des familles d’accueil ou des foyers de groupe.

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?

La voix des jeunes doit faire partie du processus d’élaboration des politiques. Je pense que leur vécu doit être étudié, entendu et relaté au sein des milieux de recherche, du discours politique et des publications sur l’aide à l’enfance au Canada. Il s’agit d’un élément important qui manque à l’équation politique actuelle; le système de prestation de services doit tenir compte des commentaires et des recommandations de ses clients. La participation des jeunes pris en charge, anciens et actuels, dans l’élaboration des politiques est essentielle pour l’avancement des droits de l’enfant et de la jeunesse au Canada. Mon souhait est que mes recherches incitent les gouvernements à inclure la participation des jeunes comme un élément permanent de la structure de prises de décision dans le domaine de l’aide à l’enfance.

Sans le soutien et la reconnaissance que j’ai reçus en tant que boursière de la Fondation Pierre Elliott Trudeau, je suis convaincue que mon parcours de doctorat aurait été bien différent. Grâce aux liens que j’ai tissés durant les diverses conférences annuelles et éditions de l’Institut d’été de la Fondation, j’ai été en mesure de trouver du financement et du soutien supplémentaires afin de mener mon projet de recherche doctoral à Vancouver. Ce projet a été l’une des expériences les plus enrichissantes de ma vie jusqu’à présent; j’ai pu poursuivre ma recherche de façon collaborative et conviviale auprès d’anciens jeunes pris en charge. La Fondation m’a permis d’effectuer la recherche dont j’avais toujours rêvé; en établissant des liens avec les bonnes personnes, en ayant confiance en mes méthodes de recherche de justice sociale quelque peu radicales, et en étant soutenue financièrement afin de pouvoir me concentrer sur ma mission. Je serai éternellement reconnaissante de mon expérience de boursière et j’ai hâte de poursuivre mon engagement auprès de la communauté de la Fondation en tant qu’ancienne boursière.

Biographie

Melanie est actuellement candidate au doctorat et chargée de cours à l’École de travail social de l’Université McGill. Elle est aussi membre du Centre de recherche sur l’enfance et la famille (CREF). Melanie bénéficie de bourses de doctorat du CRSH et de la Fondation Pierre Elliott Trudeau. En 2015, Melanie était très impliquée dans la communauté; elle a cofondé un groupe de soutien par les pairs, soit l’Association étudiante des anciens et anciennes jeunes placés de Montréal (AEAJPM), et a été membre jusqu’en août 2016 du conseil d'administration du réseau québécois de jeunes pris en charge, soit le Centre Amitié, Ressources et Entraide pour la Jeunesse (C.A.R.E. Jeunesse). Par ailleurs, elle a été impliquée comme conseillère jeunesse dans le cadre d'une étude longitudinale financée par le CRSH sur le devenir des jeunes placés au Québec et en France (EDJep) de 2015 à 2018.

Melanie aspire à devenir professeure d'université, conseillère en recherche, auteure, conférencière spécialiste de la motivation ainsi que mentore et défenseure des intérêts des enfants et des jeunes qui bénéficient des services de la protection de la jeunesse. Ses principaux domaines de recherche sont issus de son expérience personnelle et unique dans le système de protection de l’enfance et sont ancrés dans les problématiques qui touchent les jeunes actuellement pris en charge ou qu’ils l’ont été. Dans le cadre de sa recherche doctorale, Melanie a dirigé et facilité un projet photovoice collaboratif à l’automne 2018 avec huit anciens jeunes pris en charge âgés de 19 à 29 ans, dans la région métropolitaine de Vancouver, en Colombie‑Britannique. Ce projet était axé sur l’importance des relations de soutien à long terme auprès des jeunes qui doivent quitter le système de la protection de l'enfance dès l'âge majoritaire. Le projet visait à examiner de plus près les relations importantes pour les jeunes pris en charge et comment celles-ci peuvent être développées et soutenues au long-terme. À la fin du projet, une exposition de photographies présentant le travail des jeunes co-chercheurs s’est tenue à Vancouver et a attiré des décisionnaires importants des secteurs gouvernemental et communautaire. La recherche de Melanie vise à fournir une tribune aux jeunes pris en charge en proposant des recommandations précises concernant les politiques, programmes et stratégies d'intervention en matière de protection de l'enfance qui ciblent ces jeunes en transition vers l’âge adulte.

  • 3 Mai 2016
    Plusieurs membres de notre communauté participeront aux deux rendez-vous annuels incontournables dans l’agenda des universitaires canadiens : le 84econgrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui se déroulera du 9 au 13 mai à l’Université du Québec à Montréal sur le thème « Points de rencontre », ainsi que le 85eCongrès des sciences humaines qui aura lieu à l’Université de Calgary du 28 mai au 3 juin sur le thème « L’énergie des communautés ».
  • 16 Juin 2015
    Cette année encore, la communauté de la Fondation a été très active dans les conférences du grand Congrès 2015 des sciences humaines, qui s'est tenu à Ottawa au début de juin.
  • 27 Mai 2014
    La Fondation Trudeau nomme 14 nouveaux boursiersLes doctorants cherchent des solutions à des enjeux importants pour les Canadiens