Maria Campbell

Figure emblématique du milieu culturel métis, elle contribuera à des recherches inédites à la nouvelle Chaire d’études métisses de l'Université d'Ottawa, qui vise à mieux faire connaître aux Canadiens la société, l’histoire et la culture des Métis.

Comment vous décririez-vous?

Je suis mère, grand-mère et arrière-grand-mère. Je suis enseignante de la culture, auteure et dramaturge. Je suis une Métisse crie de Nakiwin, en Saskatchewan. Ma vie professionnelle est étroitement liée à ma vie personnelle; je ne peux les séparer l’une de l’autre.

Quel est l’impact de votre travail sur la scène publique? Comment affecte-t-il la vie des Canadiens et des Canadiennes?

Je travaille dans l’enseignement de la transformation (justice sociale) au moyen de la littérature, du théâtre et de la transmission de la culture. Pour ce qui est de l’impact de mon travail, j’espère simplement que les Canadiens et les Canadiennes nous voient davantage, nous les Métis, car j’ai l’impression que nous sommes invisibles à leurs yeux. Ils s’en trouveront enrichis – il s’agit de leur histoire et ils doivent la connaître – et nous bénéficierons tous de relations plus respectueuses.

Présentez-nous en deux mots une de vos découvertes les plus intéressantes.

J’ai découvert que je suis une femme intelligente qui a du pouvoir et beaucoup à offrir. Mais pour ce qui est des Métis, je me rends compte que peu de choses ont changé depuis que j’ai publié mon premier livre, Halfbreed, en 1973. Les Canadiens et les Métis connaissent peu de choses les uns des autres. L’expérience m’a appris qu’au moment où un peuple cesse d’être invisible, quand son histoire et ses gens sont connus, alors il est possible de commencer à travailler ensemble; un dialogue peut s’installer et les oppositions entre les deux peuples s’estompent. Il faut faire beaucoup plus pour ouvrir les canaux de communication.

Comment le prix Trudeau vous aidera-t-il à poursuivre votre travail?

En me remettant le prix Trudeau en résidence, la Fondation manifeste publiquement un fort soutien au travail des aînés, chercheurs et artistes autochtones et à ce qu’ils peuvent offrir au monde. L’appui financier de la Fondation me permet de faire des recherches que je n’ai pas pu faire, d’étendre mes réseaux et, plus important encore, de terminer un important travail.

Dans le cadre du prix Trudeau en résidence, je m’installerai à l’Université d’Ottawa pendant un an pour y joindre un groupe de recherche sur le peuple métis. Pendant quarante ans, j’ai travaillé dans des centres de détresse et des maisons de transition auprès de femmes et d’enfants. J’y ai été témoin des répercussions de la violence dans les communautés autochtones. À l’Université d’Ottawa, je mènerai des recherches pour trouver les racines d’une telle violence et je vais tenter d’expliquer pourquoi il y a tant de femmes qui disparaissent ou qui sont assassinées. Si je peux trouver la cause, si j’arrive à comprendre pourquoi la haine envers les femmes est si présente dans nos communautés, je serai peut-être en mesure d’y mettre fin.

 

Maria Campbell est écrivaine, dramaturge et professeure. Sa carrière a commencé en 1973 avec la publication de Halfbreed, un classique de la littérature canadienne parmi les plus étudiés. Elle a également écrit quatre livres pour enfants. Son dernier livre, Stories of the Road Allowance People, qui recueille des récits de tradition orale, est sur le point d'être republié.

La première pièce de Madame Campbell, Flight, fut la première production théâtrale entièrement autochtone au Canada. Flight associe danse moderne, tradition orale et théâtre à des pratiques artistiques autochtones traditionnelles. Ses autres pièces de théâtre ont été présentées en tournée au Canada et à l'étranger. En 1984, elle a cofondé avec son frère et sa fille une compagnie de production de films et de vidéos, grâce à laquelle elle a produit et dirigé sept documentaires et coproduit avec CTV My Partners, My People, la première série autochtone hebdomadaire diffusée à la télévision canadienne.

Madame Campbell a obtenu de nombreux prix, notamment le Prix national d'excellence décerné aux autochtones, l'Ordre du mérite Gabriel-Dumont, le Prix Chalmers de la meilleure nouvelle pièce de théâtre et le Prix national de dramaturgie Dora-Mavore. Elle a aussi été intronisée au Panthéon du théâtre de la Saskatchewan et a été nommée Officier de l'Ordre du Canada en 2008.

Madame Campbell a récemment pris sa retraite après avoir enseigné les études autochtones, la création littéraire et la dramaturgie à l'Université de la Saskatchewan. Elle est actuellement aînée en résidence au Centre pour les connaissances et la recherche autochtones dans le monde à l’Université Athabasca. Madame Campbell détient quatre doctorats honorifiques et a été écrivaine ou dramaturge en résidence dans plusieurs universités, bibliothèques et théâtres.

Pendant plus de quarante ans, elle a travaillé comme bénévole auprès des femmes et des enfants en situation de crise. Elle est cofondatrice d'une maison de transition pour femmes, à Edmonton, ainsi que d'un centre d'urgence pour femmes et enfants. Pendant plusieurs années, la maison de Madame Campbell a servi de foyer refuge pour jeunes.

Madame Campbell est mère, grand-mère et arrière-grand-mère.