Erika Bockstael

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en ressources naturelles et gestion de l’environnement
Affiliation actuelle:
Université du Manitoba

La recherche d'Erika auprès d’une communauté Caiçara, dont le statut est « peuple traditionnel » au Brésil, vise à examiner le développement des capacités de gouvernance participative et inclusive des ressources côtières, en portant une attention particulière à la participation de personnes atteintes de déficiences.

 

La boursière Trudeau 2014 Erika Bockstael a travaillé pour différentes ONG internationales avant de retourner à l’université et de commencer un doctorat en gestion des ressources naturelles et de l’environnement. Ses expériences portent sur des intérêts multiples et comprennent l’invalidité, l’éthique du développement, les processus de gouvernance en matière d’environnement, les peuples autochtones, la justice sociale, l’inclusion et le développement de la capacité. Mme Bockstael poursuit ses études doctorales auprès d’une communauté traditionnelle au Brésil et elle s’intéresse également à la situation des personnes aux prises avec une invalidité en Palestine.

Projet de recherche

Gestion communautaire en vue d’une gouvernance inclusive et participative des ressources côtières à Paraty, Brésil

Mon projet de recherche

Le projet de doctorat d’Erika s’inscrit dans le cadre élargi d’une étude interdisciplinaire Canada-Brésil sur la gestion participative des ressources côtières. La région d’étude, Paraty, est située dans l’une des zones écologiques les plus biologiquement diverses, mais également des plus menacées, avec des usagers multiples et des conflits entre ces différents groupes. L’objectif du projet d’Erika est d’appuyer les membres de la communauté afin qu’ils puissent augmenter leurs capacités d’action collective et atteindre la justice environnementale et sociale, tout en répondant aux défis de gouvernance. Le peuple traditionnel de cette région, les Caiçara à héritage mixte, compte sur de nombreux moyens de subsistance, dont les ressources côtières, la pêche, l’agriculture à petite échelle et l’agroforesterie. La gouvernance inclusive et participative est essentielle lorsqu’il s’agit d’équilibrer exigences de subsistance et conservation. Une des préoccupations principales d’Erika est la participation des personnes atteintes de déficiences. Son projet comporte la mise en œuvre d’un programme d’inclusion sociale qui encouragerait la participation communautaire et l’éducation environnementale d’un groupe de personnes atteintes de déficiences. 

 

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes

Dans plusieurs endroits du monde, particulièrement là où vivent des peuples autochtones ou traditionnels, les composantes environnementales du développement sont guidées par des mesures conventionnelles qui visent la « protection de la nature » plutôt qu’une démarche de développement équilibrée. L’idée principale de ma recherche est que les peuples dont la subsistance dépend directement des ressources naturelles devraient participer davantage dans la gestion des ressources. Cela comprend les gens qui en sont habituellement exclus, comme les personnes handicapées et les femmes. Dans le cadre de ma recherche, j’étudie l’impact des changements en matière de gestion sur les divers groupes d’une communauté au Brésil (femmes, hommes, personnes handicapées, aînés et jeunes). Je m’intéresse aux répercussions de ces changements sur le développement humain, sur les libertés et sur les possibilités de réalisations. Il s’agit d’un projet de recherche axé sur l’action et sur la coopération avec les participants afin d’accroître leur capacité de participation et d’inclusion dans la gestion communautaire des ressources.

Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir ce projet en particulier?

C’est mon expérience de travail international qui m’a poussée à faire un doctorat en gestion de l’environnement et des ressources naturelles. Alors que je travaillais à la gestion des interventions dans le cadre de deux désastres d’importance, je me suis heurtée à la complexité sociale et environnementale de ces deux situations. Je me suis rendue compte que plusieurs ONG internationales présentaient des lacunes en ce sens. J’ai aussi constaté l’impact de ces enjeux environnementaux sur les gens dans les pays en développement, notamment les personnes handicapées, souvent ignorées par les agences de développement. Ma recherche me permet de participer à un projet qui vise la gestion communautaire des ressources naturelles par les communautés traditionnelles au Brésil, lesquelles sont en pleines négociations pour la gestion des ressources; je m’intéresse particulièrement au rôle des personnes handicapées.

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant?

Dans le domaine de la gestion de l’environnement et des ressources naturelles, les politiques et la pratique reposent habituellement sur l’idée que les peuples autochtones et les communautés traditionnelles n’ont pas la capacité d’assurer la gestion de leurs ressources. Ma recherche démontre le contraire, en misant sur les capacités déjà en place pour favoriser l’autonomie. Ma recherche montre également le rôle que peuvent jouer les projets de recherche universitaires dans l’accroissement des capacités pour aider les communautés face aux pressions externes et internes ou face au changement rapide. Je m’intéresse aux personnes handicapées, qui sont marginalisées dans la plupart des recherches et particulièrement dans le domaine de la gestion de l’environnement et des ressources naturelles. Ce travail illustre aussi un processus participatif pour le repérage des capacités dans un pays en développement. On s’intéresse de plus en plus à l’étude et à l’évaluation du développement humain en fonction de l’expansion des libertés et des possibilités de réalisations, plutôt qu’en fonction des mesures économiques habituelles.

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux?

Les politiques actuelles sur les zones protégées au Brésil se caractérisent par les limites qu’elles imposent aux communautés locales, autochtones ou traditionnelles, et par le contrôle qu’elles exercent sur les modes de subsistance et les styles de vie. Les groupes traditionnels dans la communauté que j’étudie participent actuellement à des négociations au sujet d’une zone protégée créée par des agences environnementales brésiliennes. Ils tentent de maintenir leur mode de vie traditionnel et se préoccupent de la durabilité des ressources naturelles. Cette communauté pourrait bénéficier des résultats de mes recherches de même que des interventions visant le développement des capacités. Les agences environnementales brésiliennes pourraient aussi tirer avantage d’une démarche qui leur permet de remplir leur mandat tout en respectant les droits des individus et leurs modes de vie. Les résultats de mes recherches pourront aussi s’appliquer à d’autres situations où existe la problématique entre conservation et développement, y compris au Canada. Finalement, les résultats de mes recherches permettront de souligner l’importance que revêt la participation de personnes handicapées aux processus de développement.

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?

Il existe au Canada des projets de collaboration dans la gestion des ressources naturelles et des zones protégées, notamment avec les Premières Nations, mais les exemples de réussite sont rares et plusieurs intervenants n’ont pas les capacités nécessaires pour assurer une collaboration efficace. Ma recherche pourrait soutenir la gestion en collaboration et servir d’exemple pour le développement des capacités et pour aider les partenaires à trouver des solutions de gestion novatrices. 

Au Canada, les personnes handicapées sont toujours marginalisées. Elles ne participent pas à la gouvernance en matière d’environnement. Ma recherche permettra d’accentuer l’importance d’inclure ces personnes dans des enjeux qui ont des répercussions sur leur vie. J’aimerai aussi apporter ma contribution à un secteur de recherche, de plus en plus présent, qui lutte contre l’idée d’un développement essentiellement axé sur la croissance économique, en tenant compte du développement humain, des occasions de réalisations et d’une amélioration du bien-être.

Depuis plus de dix ans, Erika est bénévole et travaille dans le secteur du développement international, dans des postes de gestion de niveau supérieur pour plusieurs organisations internationales, et a également été consultante auprès de deux agences de l’Organisation des Nations Unies. Son retour aux études universitaires lui permettra de combiner ses expériences vécues et des connaissances fondées sur la recherche pour effectuer des changements au travail des ONG et au développement des politiques publiques, notamment dans le domaine des déficiences et du développement. Dans le cadre d’un doctorat en ressources naturelles et en gestion de l’environnement, Erika examinera la gouvernance inclusive et participative des ressources côtières d’un groupe de Caiçara, un peuple traditionnel à héritage mixte et de personnes atteintes de déficiences à Paraty, Brésil. Elle s’intéressera particulièrement à l’inclusion des personnes atteintes de déficiences au développement et à la gouvernance, au développement autonome, au développement humain et l’approche axée sur les capacités et, à la diminution des inégalités dans les domaines des droits de la personne et de la justice sociale.  

Avant d’entreprendre sa carrière internationale, Erika a obtenu un diplôme de premier cycle en gestion récréative et développement communautaire et une maîtrise en loisirs thérapeutiques qui portait sur les enjeux de qualité de vie des femmes atteintes de déficiences. Par la suite, elle a été stagiaire auprès d’Entraide universitaire mondiale du Canada et a travaillé auprès d’une organisation de personnes atteintes de déficiences au Bénin, Afrique. Elle s’est ensuite rendue au Zimbabwe pour effectuer un stage auprès de militants mondialement connus dans le domaine de l’incapacité et, a notamment participé à l’élaboration d’un programme d’études pour un institut panafricain d’études sur les déficiences.

Jusqu’à ce jour, Erika a vécu, travaillé et visité 60 pays. En Indonésie, suite au tsunami, elle était responsable de projets de reconstruction majeurs et a supervisé la construction d’abris et de projets d’eau et d’assainissement et des programmes de subsistance. Au Moyen-Orient, elle a mis sur pied le premier bureau régional d’un ONG international. Elle a également formé des employés locaux et internationaux et dirigé des projets dans des camps de réfugiés palestiniens en Palestine et au Liban. Aux Îles Salomon, elle a dirigé une équipe importante responsable de la mise sur pied de programmes d’eau et d’assainissement, de subsistance, d’abris, de genre, de VIH/SIDA et, de défense des droits des jeunes. Enfin, Erika possède beaucoup d’expérience dans la formation d’employés et de bénévoles à des postes internationaux, en plus d’avoir collaboré à des recherches sur les incidences de nombreux projets.