Alexandra Lysova

Boursiers
2011
Programme d'étude:
Doctorat en criminologie
Affiliation actuelle:
Université de Toronto

Alexandra se penche sur l'effet des conditions de violence conjugale soutenue sur le comportement des femmes

La boursière Trudeau 2011 Alexandra Lysova est née et a vécu dans l’Extrême-Orient russe en pleine violence des années 1990, après l’effondrement de l’Union soviétique. Ses recherches portent sur les homicides, la violence familiale et la violence faite aux enfants en Russie et dans le reste du monde. Les recherches de Mme Lysova portent sur l’hétérogénéité des types de violence et les contributions des femmes à la nature dynamique de la violence dans les relations intimes et s’appuient sur une perspective interactionniste qui intègre des opinions concurrentes sur la violence conjugale. Mme Lysova est professeure adjointe en criminologie à l’Université Simon Fraser. 

Projet de recherche

L'implication des femmes dans la violence conjugale : les dynamiques de l'aggravation et de la renonciation

L'implication des femmes dans la violence conjugale demeure un sujet de préoccupation qui mérite davantage l'attention. Malgré certaines perspectives qui remettent en question la capacité des femmes, en tant que sujets humains actifs et rationnels, à commettre des actes violents, des études récentes ont fait valoir l'importance d'étudier la contribution des femmes à la nature dynamique de la violence dans les relations conjugales. La recherche doctorale d'Alexandra Lysova, basée sur une perspective interactionnelle et dynamique qui intègre des points de vue différents sur la violence conjugale, dont les perspectives féministe et de violence familiale, vise à identifier les caractéristiques de l'aggravation lors d'un conflit unique ainsi que les grands traits de l'aggravation ou de la renonciation à travers des conflits successifs. Mme Lysova part du principe qu'une dynamique de violence peut s'aggraver, demeurer stable dans le temps et/ou qu'on puisse y renoncer en raison soit d'une intervention policière ou de la structure (considérant entre autres la dynamique de pouvoir, le sexe et les inégalités économiques) et de la qualité de la relation. Les données utilisées proviennent d'interviews menées auprès de femmes incarcérées et portent sur leurs vécus durant les trois dernières années avant leur incarcération. Les données longitudinales et la conception à plusieurs niveaux de l'étude de Mme Lysova offrent un modèle linéaire hiérarchique qui lui permettra d'évaluer les contributions indépendantes des caractéristiques individuelles et des liens envers la dynamique de l'implication des femmes dans la violence conjugale.

Exposée à la violence alors qu'elle était jeune adolescente en Russie, Alexandra Lysova commence à s'intéresser au crime, à la violence et à la victimisation dès cet âge. Même si le taux de criminalité dans sa ville natale de l'Extrême-Orient soviétique était déjà très élevé sous le régime soviétique, il a grimpé de façon significative suite à l'effondrement de l'Union soviétique. Devant sa propre peur du crime, sa volonté de trouver des réponses à ses nombreuses questions sur le crime et son désir d'aider les victimes, Mme Lysova entreprend des études au département de psychologie et de travail social de l'Université Far Eastern National. Après avoir obtenu son diplôme avec distinction, elle décide de poursuivre une carrière universitaire en s'inscrivant à une maîtrise en sociologie dont l'objectif principal était de créer l'une des premières enquêtes en Russie sur la portée de la violence conjugale et le rôle des experts auprès des victimes de violence. Les études de Mme Lysova, fondées sur des rapports de statistiques policières et de psychiatrie légale, ont démontré que plus du tiers des homicides en Russie est perpétré par des conjoints ou des partenaires conjugaux. Une formation professionnelle en psychothérapie rationnelle-émotive obtenue à l'Institut Albert Ellis de New York lui a également permis d'étudier, au niveau individuel et chez des couples se fréquentant ou mariés, la façon dont une dynamique de violence peut s'aggraver et résulter en actes de violence grave.

Mme Lysova a exploré une multitude de possibilités pour cerner le problème de la violence conjugale tant dans ses détails que dans son ensemble ainsi que dans une perspective internationale. Elle a participé, en collaboration, à trois études interculturelles sur la violence dans les fréquentations, les punitions corporelles et la victimisation sexuelle, projets qui lui ont permis d'examiner les racines sociales, culturelles et organisationnelles de la violence. Elle a également participé à de nombreuses communications et collaborations avec des sociologues et criminologues réputés, en tant que chercheuse à la Keenan Institute à Washington, D.C., chercheuse Fulbright à l'Université de New York, chercheuse invitée à l'Institut Max Plank en Allemagne (grâce à une bourse du chancelier allemand offerte par la Alexander von Humboldt Foundation) et, chercheuse invitée du programme Carnegie Research Fellowship à l'Université du New Hampshire. Mme Lysova s'est mérité la médaille de l'excellence en recherche de l'Académie des sciences de la Russie. Ses travaux ont été présentés lors de conférences internationales et elle a publié, en russe, en anglais et en allemand, des articles évalués par les pairs.