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Op-Ed in Le Soleil
Le réchauffement de la planète, bon pour la business
Pièce d'opinion parue dans Le Soleil en ligne, 12 mars 2007
«Le réchauffement de la planète nous fera vendre plus de climatiseurs ; c’est bon pour la business»
Cette phrase vous fait-elle sursauter ? C’est pourtant une réaction typique de nombre de Québécois et de Canadiens qui ne ressentent pas l’urgence d’agir en matière d’environnement. Un été qui s’étend jusqu’en automne et un hiver plus doux : peu de gens s’en plaignent. Doit-on pourtant s’en réjouir ? La communauté scientifique s’entend depuis fort longtemps pour dire qu’à moins de changements radicaux, les conséquences de l’activité de l’Homme sur Terre seront dramatiques pour les générations à venir. Les partis politiques ont maintenant tous inscrit l’environnement à leur agenda. Cela a-t-il pour effet de conscientiser davantage la population en général et les industries ou encore d’encourager l’État à légiférer en matière d’environnement ?
Et la volonté politique ?
Des activistes, fonctionnaires du gouvernement et chercheurs du Canada se sont réunis récemment pour participer à une conférence sur le développement durable à Victoria en Colombie-Britannique à l’invitation de la Fondation Trudeau et de l’Université Royal Roads. Ann Dale, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement communautaire durable et lauréate de la Fondation Trudeau, a eu l'initiative de cet événement visant à établir un dialogue entre des citoyens, des institutions et des groupes préoccupés par les changements climatiques. Tous les conférenciers présents se sont entendus sur le fait que nous en savons suffisamment pour agir. Il ne manque plus à présent que la volonté politique.
Il est temps d’agir dès maintenant. La communauté scientifique a recueilli suffisamment de preuves scientifiques et de récits probants pour avoir la certitude que nous devons sans plus tarder entreprendre des actions significatives. L'activité humaine a contribué si rapidement et profondément à modifier le climat qu’il s’impose immédiatement de réparer les dommages par une action collective significative. Des actions concrètes menées par des gouvernements convaincus de l'urgence d'agir sont nécessaires afin que les Canadiens réalisent ce qu’il est possible de faire pour éviter la catastrophe environnementale.
Parmi toutes les solutions envisagées pendant le colloque, celles présentées ici sont le fruit de nombreuses discussions entre fonctionnaires, activistes et chercheurs. Nous recommandons une combinaison efficace d’actions économiques, légales et sociales qui auront des impacts marqués au cours des cinq années à venir — soit beaucoup plus tôt que les objectifs fixés par les gouvernements provinciaux et fédéral.
Taxe sur le carbone
Au plan économique, les actions individuelles et corporatives, qui visent un développement durable, doivent être plus abordables et accessibles. Nous devons définir clairement les coûts environnementaux et économiques engendrés par notre inaction et devons éliminer les subventions écologiquement destructives et économiquement tordues. Afin d’envoyer un message clair à l’effet que nous devons nous diriger vers une émission moins élevée de carbone dans le futur, nous suggérons d’introduire la taxe sur le carbone. Afin d’obtenir la confiance des Canadiens, tous les revenus engendrés par cette taxe devraient être consacrés à l’atténuation des dommages à l’environnement. Une telle taxe fera réaliser aux Canadiens que nos choix de transport — les voitures, les avions — ont un effet direct sur le climat. Une taxe carbone contribuera également à corriger une lacune importante du marché, soit celle de fournir les informations justes au sujet des coûts associés à la dégradation environnementale. Il est important de mentionner que la taxe carbone n’est pas une panacée. Son succès est directement relié à la façon dont les différentes parties prenantes à la protection de l’environnement réagissent à celle-ci. Il faut éviter de nous retrouver en présence d’une réglementation contraignante sans que n’en résulte une amélioration considérable de la qualité de notre environnement.
L'exemple doit venir d'en haut
Les Canadiens peuvent choisir de ne pas changer leurs comportements, mais au moins ils sauront qu’ils avaient un choix et qu’ils auraient pu faire une différence. Tous les partis politiques devraient montrer l’exemple et exercer leur leadership en votant pour l’introduction immédiate de la taxe sur le carbone.
Sur le plan légal, les normes gouvernementales d’efficacité pour les véhicules, les bâtiments et les produits devraient être égales ou supérieures aux meilleures normes du secteur. Si les règlements sont complétés par un investissement dans le développement et le déploiement d’offres de services et de produits à basse émission de carbone, les entreprises canadiennes pourront devenir des leaders dans le développement durable. L’enchâssement dans la Charte des droits et libertés des droits d’accès à l’eau potable, à un air de qualité et à une nourriture suffisante et adéquate est également une composante essentielle de cette stratégie.
Des lois...
Des lois environnementales efficaces produiront deux résultats importants. Elles provoqueront d’abord une vaste discussion nationale au sujet de l’importance de nos ressources environnementales pour assurer le droit à un monde plus viable pour les générations à venir. Deuxièmement, elles enchâsseront les valeurs essentielles aux communautés durables. Dans une démocratie constitutionnelle, ces valeurs devraient être exprimées par la législation et ainsi refléter un engagement envers un futur riche de promesses sur les plans écologique et social.
... et des campagnes de promotion et d'éducation
Au plan social, une campagne de communication et d’éducation destinée aux Canadiens permettra d’accroître les connaissances sur les causes du changement climatique et assurera que nos actions puissent contribuer aux solutions. Nous savons déjà qu’il y a un lien étroit entre l’éducation écologique publique et la prise de décision de hauts fonctionnaires. Imaginez une campagne établie sur les leçons apprises des campagnes contre le tabac ! Considérant les changements d’attitude et de comportement en seulement vingt ans au sujet du tabagisme, imaginez ce que nous pourrons faire au sujet de l’environnement ! Cette campagne doit rejoindre les personnes de tous les âges, toutes les classes sociales et tous les milieux culturels. Une telle stratégie pourrait également faire du Canada un leader dans l’éducation environnementale au plan national voire même international.
Nos gouvernements doivent agir immédiatement et prendre des décisions économiques, légales et sociales afin que nous puissions nourrir l’espoir de mieux contrôler nos impacts sur notre environnement. Il incombe également au Canada de partager le savoir accumulé en matière d’environnement avec les pays en voie de développement qui pourraient contrecarrer tous les efforts mondiaux si leurs économies se développent de façon non durable.
Bien qu’il puisse sembler facile de mettre en application une action intégrée, les paradigmes incommensurables et les nombreuses cultures institutionnelles singulières au gouvernement et dans le réseau académique ne facilitent pas l’amorce d’une discussion. Les fossés qui séparent le gouvernement, le milieu des affaires et celui de la recherche ne permettent pas un échange fructueux d’idées innovatrices. Aligner les structures de prise de décision et apprendre de nouvelles manières de planifier l'action peuvent prendre du temps, mais le récent rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Changement Climatique indique clairement que nous devons agir maintenant. Nous n’aurons pas une deuxième chance de prévenir l’irréparable.
Co-signataires
Ann Dale, Lauréate Trudeau, Canada Research Chair in Sustainable Community Development, Royal Roads University
Mike Ananny, Boursier Trudeau, Université Stanford
Catherine Bélair, Boursière Trudeau, Université Laval
Monique Bégin, Mentor Trudeau
Ken Caine, Boursier Trudeau, University of Alberta
Alain-Désiré Nimubona, Boursier Trudeau, HEC Montréal
Arthur Hanson, Trudeau Mentor, Chair, Canadian Biotechnology Advisory Committee
Kate Hennessey, Boursière Trudeau, Université de la Colombie-Britannique
Lisa Helps, Boursière Trudeau, Université de Toronto
Robert Huish, Boursier Trudeau, Université Simon Fraser
Jason Luckerhoff, Boursier Trudeau, Université Laval
Lenore Newman, Professeure adjointe, Royal Roads University
Rebecca Pollock, Boursière Trudeau, Université Trent
Louis-Joseph Saucier, Boursier Trudeau, UQAM et Université Paris 1
Samuel Spiegel, Boursier Trudeau, Université de la Colombie-Britannique
Anna Stanley, Boursière Trudeau, Université Laval
Sophie Thériault, Boursière Trudeau, Université Laval
Pour voir la synthèse des idées et les vidéos de la conférence, visitez le site www.trudeaufoundation.ca Il s’agit d’une fondation non partisane et indépendante qui offre un lieu de discussion neutre pour aborder les enjeux affectant notre société et notre futur. Les opinions exprimées ici sont celles des participants et non pas celles de la Fondation Trudeau.
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