6 Septembre 2018

Poète innue aux mots qui dansent avec le temps, Natasha Kanapé Fontaine affirme : « Je me nourris de bleuets et d’abricots. Je dois parler pour le commencement. Un cri s’élève en moi et me transfigure. Le monde attend que la femme revienne comme elle est née: femme debout, femme puissance, femme résurgence. »

Parler de commencement, c’est nommer le premier moment de toute chose—les racines qui soutiennent l’arbre, le souffle qui précède la parole, l’incertitude des pas avant la marche décisive. Dire le commencement, c’est aussi parler de ce qui aurait pu être, comme une rencontre qui n’a jamais eu lieu et de laquelle aurait pu naître la rosée du printemps. Imaginer le commencement, c’est dépeindre un point de départ autre qui marquera assurément et inlassablement le point d’arrivée, et la trajectoire mystérieuse se dessinant entre les deux pôles.

En octobre 2018, la Fondation Pierre Elliott Trudeau part à la rencontre du Yukon et du Nunavut, deux parties du Canada qui nous permettront de réfléchir au commencement et à la toile que nous pourrons tisser avec le doigté des mots et avec l’agilité de l’écoute. Nos consultations publiques débuteront à Whitehorse le 2 octobre, en conjonction avec la visite des membres du Collège de la Société royale du Canada, puis à Iqaluit le 29 octobre. En raison de l’intensité et de la fréquence de ces rencontres, il n’y aura pas de forum annuel cette année.

Comme vous le savez, outre l’excellence inclusive, l’un des axes thématiques de nos consultations est celui du leadership engagé. À lui seul, le concept de leadership soulève un éventail de questions sur sa nature, sa portée et son aspiration instinctive à la reconnaissance. S’agit-il d’un talent ou d’une compétence qui serait l’apanage de quelques individus seulement? Convient-il de le voir plutôt comme un rôle qu’une variété de personnes peuvent assumer, ou encore, comme un processus d’interaction et d’influence entre un individu et les membres d’un groupe? Comment cette influence devrait-elle s’exercer et dans quelles conditions peut-elle mener au changement social?  

Bien sûr, une multitude d’auteurs ont réfléchi au leadership et en ont proposé différentes conceptions. Diverses organisations font également la promotion de leur vision propre du leadership. Qui plus est, comme tout concept, celui de leadership est nécessairement culturellement situé. Bref, il est essentiel, dans ce contexte, d’échanger avec vous sur ce qu’implique un « leadership engagé ».

Alors que nos consultations de septembre et octobre nous amèneront dans le Nord canadien, deux femmes originaires de cette grande région, Mary Simon et Sheila Watt-Cloutier - toutes deux anciennes mentores de la Fondation par ailleurs – nous offrent matière à réflexion sur le leadership. Dans le rapport qu’elle a soumis en mars 2017 à titre de représentante spéciale de la ministre des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn Bennett, Mary Simon remarque que « notre conception du leadership est parfois trop restreinte », limitant celui-ci aux dirigeants élus. Or, écrit Simon, « nous avons tous la responsabilité, sinon le devoir, de faire preuve d'initiative et de connaître l'histoire… lorsque nous formulerons et mettrons en œuvre la politique pour l'Arctique ».

C’est également une conception décentralisée du leadership que Sheila Watt-Cloutier, nominée en 2007 pour un prix Nobel de la paix, met de l’avant lorsqu’elle écrit, dans ses mémoires (The Right to Be Cold, 2015), que « le leadership signifie ne jamais perdre de vue le fait que les problèmes à résoudre sont beaucoup plus grands que soi ». Il s’agit aussi, pour Watt-Cloutier, de faire preuve de jugement indépendant et d’avoir le courage de dire les choses franchement, tout en suivant une éthique de communication bienveillante et une « politique de l’influence » plutôt que du conflit et de la confrontation. Enfin, elle observe, sur une note plus introspective : « Le leadership consiste à travailler à partir d'un lieu de principe et d'éthique au sein de soi-même. … à toujours vérifier à l’intérieur de soi, pour s’assurer que vous êtes en position de force, et non pas de peur ou de victimisation, afin de ne pas projeter vos propres limites sur les autres ».

Persuadée que vous aurez aussi de riches réflexions à partager sur le sens et les implications d’un « leadership engagé » pour le futur du Canada, je vous invite chaleureusement à vous inscrire, à l’aide des formulaires suivants, aux forums de discussion que nous tiendrons à Whitehorse et à Iqaluit :  

Whitehorse (Yn) : 2 et 3 octobre 2018

Iqaluit (Nt) : 29 octobre 2018

 Natasha Kanapé-Fontaine écrivait, en abordant la symbolique de la mémoire et de la construction identitaire : « Un appel s’élève en moi et j’ai décidé de dire oui à ma naissance. Je me souviens. » Nous nous souvenons également du cri salutaire et de l’importance de dire oui. Oui à la naissance, à la beauté de la différence, à la tragédie de vouloir uniformiser les corps et les dialectes. Oui à l’appel et à son authenticité intransigeante. En vous rejoignant en ces contrées nordiques, nous chercherons le dialogue et privilégierons l’écoute active. Nous poserons les pierres de « Forums du futur » dont les lignes imaginaires portent encore le charme incommensurable de celui ou celle qui aspire à un avenir commun marqué par la solidarité et le pouls des communautés. Dans l’attente de vos inscriptions et de la promesse d’un échange, la Fondation se réjouit de vous transmettre les images et les mots qui ont traversé nos discussions.

Au plaisir de vivre avec vous et grâce à vous ces consultations qui accueilleront et recueilleront notre volonté de dire le commencement et d’écrire les pages d’une histoire qui sera l’écho de notre destinée commune.