Tammara Soma

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en urbanisme
Affiliation actuelle:
Université de Toronto
Région:

Tammara étudie les facteurs qui influencent la consommation et le gaspillage alimentaires et la fin de l’enfouissement de déchets alimentaires en Indonésie.

Tammara Soma (planning, University of Toronto) investigates the factors that influence urban household food consumption and food wasting practices in Indonesia. She strives to make food system consideration (including sustainable food production, distribution, consumption and the management of food waste) essential to urban planning decision making.

Projet de recherche

Planification de la « table au dépotoir » : analyse de la consommation alimentaire des ménages et des déchets alimentaires dans les régions urbaines de l'Indonésie

Mon projet de recherche

Pour les pays en voie d'industrialisation rapide comme l'Indonésie, il existe un paradoxe au sujet de la progression de la faim au milieu des gens les plus riches dans les centres-villes. Au-delà du discours de la « ferme à la table », le travail de doctorat de Tammara analysera le parcours des denrées alimentaires de la « table au dépotoir », et fournira une analyse holistique de la consommation alimentaire des ménages et des déchets alimentaires dans le contexte d'un pays en développement. Les déchets alimentaires ont des répercussions sur les ressources naturelles rares et contribuent à la dégradation de l'environnement. La recherche de Tammara examinera comment des facteurs tels que la culture, le revenu et l'urbanisation influencent les pratiques de consommation alimentaire des ménages en Indonésie. Sa recherche explorera également comment les changements structurels (p. ex. : la croissance de magasins à grande surface, le développement de communautés à enclaves fermées) ont changé les habitudes de consommation alimentaire en Indonésie. En comprenant les habitudes et les facteurs qui influencent les pratiques de consommation alimentaire et de gaspillage alimentaire au sein de divers ménages en milieu urbain, il est possible pour les planificateurs d'aménager une ville axée davantage sur un système alimentaire sûr, sain et durable.

 Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes

La question du gaspillage alimentaire est un enjeu très actuel puisque, chaque année, de 30 à 50 % des produits alimentaires destinés à la consommation humaine sont jetés aux ordures. Ma thèse portera sur le phénomène de la consommation et du gaspillage alimentaire en Indonésie. L’industrialisation s’est faite très rapidement dans plusieurs villes du Sud-Est asiatique, comme Manille ou Jakarta. En Indonésie, on observe une très grande disparité des revenus dans les centres urbains, alors que les classes moyenne et supérieure prennent de l’importance. À titre de quatrième pays le plus peuplé au monde, l’emballage alimentaire et les déchets y constituent des enjeux de plus en plus importants, particulièrement en raison d’une insuffisance de l’infrastructure pour la gestion des déchets. Dans le cadre de mon projet, j’analyserai comment les changements structurels, tels l’utilisation accrue des épiceries à grande surface, l’urbanisation ou le développement de quartiers résidentiels protégés, influencent les schémas d’approvisionnement alimentaire et de consommation dans les ménages de Bogor, en Indonésie. Je tenterai également de savoir à quel point les facteurs culturels et sociaux influencent les pratiques liées aux ordures ménagères.

Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir ce projet en particulier?

Plusieurs décisions ont un impact sur la vie quotidienne des gens. L’approvisionnement alimentaire, qui comprend l’achat, la préparation, la consommation et la mise aux rebuts, est grandement influencé par l’organisation des villes. La fermeture des marchés ou l’établissement de grandes surfaces ont des effets sur le lieu d’achat des aliments ainsi que sur leur nature. L’urbanisation a aussi un impact sur les lieux de travail et de résidence. Ceux qui doivent se déplacer sur de longues distances pour aller au travail n’ont peut-être pas le temps de préparer leurs repas à partir d’aliments frais, or les produits qu’ils gardent au réfrigérateur risquent de dépérir. De plus, ce qu’on considère un « déchet » dans une culture peut devenir un mets de choix dans une autre. Ainsi, la notion de « déchet » est très flexible. La recherche sur la question des déchets alimentaires est fascinante puisqu’elle se trouve à la croisée des chemins entre culture et structure. En comprenant comment chacune des variables influence l’autre, les planificateurs seront plus en mesure de prendre des décisions qui aideront à éviter le gaspillage alimentaire.

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant?

Souvent, quand je parle de mes recherches, on me fait remarquer que « les gens des pays en développement sont trop pauvres pour gaspiller des aliments ». Bien que cela soit parfois vrai, on constate qu’il y a un accroissement des groupes de population à revenu moyen et élevé dans plusieurs villes de pays en développement. En fait, les chercheurs ont découvert que les schémas de consommation alimentaire de ces groupes tendent à reproduire ce qu’on observe dans les pays occidentaux. En Indonésie, l’obésité est à la hausse et les franchises de restauration rapide se multiplient. Ma recherche remettra en question les idées préconçues sur la consommation et le gaspillage alimentaire dans les pays en développement. La question du gaspillage alimentaire est complexe, surtout en raison des nombreux facteurs qui influent sur la décision de jeter ou non un aliment. Je suis la première à étudier le gaspillage alimentaire urbain en Indonésie et à tenir compte des questions culturelles, religieuses et urbanistiques.

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux?

Dans un pays comme l’Indonésie, la collecte des ordures ménagères est malheureusement réservée aux privilégiés. Très souvent, les populations à plus faible revenu brûlent ou jettent leurs déchets dans des dépotoirs à ciel ouvert. En Indonésie, il y a peu de contrôle sur les décharges; les déchets alimentaires y sont mélangés avec d’autres ordures, ce qui contamine les eaux souterraines et produit du méthane, un gaz à effet de serre. L’accroissement de déchets provenant d’emballages non biodégradables constitue aussi un réel danger pour la santé et l’environnement. Les emballages alimentaires offrent une niche pour les moustiques vecteurs du virus de la dengue. Le manque de programmes de recyclage dans les villes favorise l’accumulation de plastics non biodégradables dans les égouts ou les voies d’eau et peut provoquer des inondations. Je dédie mes recherches à mon neveu Arfan qui a été emporté par la dengue, en Indonésie, à l’âge de trois ans. En traitant la question de l’emballage et des déchets alimentaires, les citoyens pourront vivre dans un environnement plus sain et plus sécuritaire.

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?

Chaque année, au Canada, le gaspillage alimentaire correspond à près de 27 millions de dollars en aliments. Parallèlement, l’insécurité alimentaire dans les villes et dans plusieurs communautés autochtones est à la hausse. Par ailleurs, les programmes de gestion des déchets alimentaires ménagers par compostage ne sont pas présents dans toutes les villes canadiennes.

J’espère que mes recherches contribueront à définir les directives quant à la gestion des déchets au Canada, par exemple en interdisant l’enfouissement de déchets alimentaires et en rendant obligatoire le tri à la source partout au pays. Pour les trois à cinq prochaines années, je souhaite que mon travail donne lieu à une planification urbaine plus globale, notamment en tenant compte des caractéristiques propres au système alimentaire.

Au moment où j’ai appris que j’étais boursière de la Fondation Pierre Elliott Trudeau, je n’aurais pu imaginer le monde de possibilités qui s’offrait à moi. En tant que boursière originaire de l’hémisphère Sud, la bourse de la Fondation a fait partie intégrante de l’achèvement de ma thèse et de l’énorme intérêt suscité par ma recherche auprès de la communauté universitaire et des médias grand public. J’ai également développé des liens professionnels et personnels durables avec ma cohorte de 2014 qui, je pense, se poursuivront tout au long de nos vies. La communauté de la Fondation ne se traduit pas uniquement par ses chercheurs et leaders brillants. J’ai pu constater à maintes reprises la compassion et l’engagement dont ont fait preuve les membres de la communauté de la Fondation envers la justice sociale et l’équité. J’espère continuer de m’impliquer auprès de la Fondation et inspirer d’autres boursiers (particulièrement ceux provenant de l’hémisphère Sud) à faire partie de cette communauté.

Biographie

Boursière 2014 de la Fondation Pierre Elliott Trudeau, Tammara Soma est très engagée dans le domaine des systèmes alimentaires durables, tant sur le plan universitaire que professionnel. Sa thèse étudie la question du gaspillage alimentaire dans les régions urbaines de l'Indonésie en examinant la transformation des pratiques d’approvisionnement alimentaire des ménages causée par des facteurs comme l’urbanisation, la révolution des supermarchés modernes, la croissance de la classe moyenne et la libéralisation des marchés. Pour ce faire, elle analyse les méthodes utilisées par des ménages aux revenus divers pour faire leurs emplettes, cuisiner et consommer de la nourriture afin de mieux comprendre comment les pratiques quotidiennes d’approvisionnement influencent le gaspillage de nourriture dans les ménages en Indonésie. Il s’agit de la première étude à se pencher sur la question du gaspillage alimentaire des consommateurs en Indonésie ainsi que la première à contester l’idée répandue dans le milieu savant sur le gaspillage alimentaire, à savoir que les consommateurs de l’hémisphère Sud sont « trop pauvres pour gaspiller ». Sa recherche bénéficie du soutien des bourses de la Fondation Pierre Elliott Trudeau, du Conseil de recherches en sciences humaines, du Centre de recherches pour le développement international et de la Dr. David Chu Scholarship in Asia Pacific Studies. Le Food Systems Lab, le premier laboratoire d’innovation sociale au Canada à traiter de la question du gaspillage alimentaire (cofondé par Tammara en 2016 dans le cadre d’un projet de domaine d’enquête prioritaire de la Fondation Pierre Elliott Trudeau) est toujours opérationnel (en date de 2018). En tant que directrice actuelle de la recherche, le Lab a tiré parti des nouvelles occasions de financement pour mener une recherche novatrice sur le gaspillage alimentaire. Tammara est également coordonnatrice du Global Food Equity au New College, à l’Université de Toronto, où elle donne des cours sur les questions alimentaires. Elle est aussi sollicitée comme conférencière sur les questions de la sécurité et du gaspillage alimentaires. En plus de ses publications universitaires, ses travaux de recherche et articles ont été cités dans d’importants organes de presse (Toronto Star, Globe and Mail, Metro News, IBI Times, Huffington Post, Jakarta Post, La Presse), à la radio (Metro Morning, Rogers 1310 News, CBC Ideas) et à la télévision nationale (TVO The Agenda, CTV Your Morning). Tammara a également été mandatée comme coéditrice d’un ouvrage intitulé Routledge Handbook on Food Waste qui devrait être publié au printemps 2019.