Sophie de Saussure

Boursiers
2017
Programme d'étude:
Droit
Affiliation actuelle:
Université d'Ottawa
Région:

Sophie de Saussure (droit, Université d’Ottawa) s’intéresse à la façon dont les tribunaux pourraient tenir compte de l’intérêt des enfants des contrevenants lors de la détermination de la peine de leurs parents.

Projet de recherche

Prendre en compte les liens sociaux du contrevenant lors de la détermination de la peine ? Étude d'une proposition inédite pour passer d’un droit pénal de l’exclusion à un droit pénal de l’inclusion sociale

À l'heure actuelle, le cadre légal de la détermination de la peine au Canada n'accorde pas de place aux liens sociaux des contrevenants. Ces individus sont appréhendés par le droit comme s'ils étaient dépouillés de leur tissu social. La prise en compte de ces liens pourrait-elle mener à une réforme de la pensée et des pratiques relativement aux modes d’intervention pénale? Cette question directrice sera traitée en étudiant notamment la considération accordée aux liens qu'entretiennent les contrevenants avec leurs enfants. En effet, les enfants bénéficient d’une protection juridique dans plusieurs domaines du droit, où leur intérêt doit être examiné lorsque des décisions judiciaires sont susceptibles d'avoir des répercussions sur eux; or, le cadre légal de la détermination de la peine ne leur octroie aucune protection particulière. À travers ce projet, Sophie cherche à comprendre quels sont les obstacles à une conception de l'intervention pénale davantage réflexive, respectueuse des droits de la personne et de la dignité humaine. Il vise également à élaborer une théorie positive de la peine, qui se fonderait sur l'inclusion sociale et le refus de la marginalisation des contrevenants. Cette théorie, en insistant sur l'importance de leur appartenance à la communauté, pourrait constituer une théorie alternative à celles qui dominent encore aujourd’hui le droit criminel moderne, qui valorisent l'exclusion sociale et la souffrance du coupable.

Sophie de Saussure est juriste et doctorante à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Elle est également chercheure membre de la Chaire de Recherche du Canada en traditions juridiques et rationalité pénale. Elle détient deux baccalauréats en droit (Université de Genève et Université de Montréal), une maîtrise en droit en sciences criminelles de l’Université de Lausanne en Suisse, et un certificat en criminologie de l'Université de Montréal. Sophie a également exercé comme avocate de litige dans un grand cabinet montréalais avant d'entamer son doctorat.

Elle s'intéresse notamment à la sociologie pénale, aux obstacles à l'évolution et à l'innovation en matière pénale, et aux droits de la personne. Sa thèse porte sur la détermination de la peine, et plus particulièrement sur la manière dont les liens sociaux des contrevenants pourraient être pris en compte dans l’équation des peines. Elle a obtenu différentes bourses pour ce projet, dont la Bourse d'études supérieures du Canada Joseph-Armand Bombardier décernée par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada, à laquelle s'ajoute une mention honorifique en l’honneur de Nelson Mandela.

Persuadée de la nécessité de jumeler son travail académique à un engagement au sein de la communauté, Sophie s'implique auprès de la population se trouvant au coeur de sa recherche à travers plusieurs activités bénévoles. Elle oeuvre notamment auprès de l'organisme Continuité Famille Auprès des Détenues (CFAD) à Montréal, où elle soutient dans leur apprentissage scolaire des enfants ayant une mère judiciarisée. Elle participe également à un programme de la Société Elizabeth Fry du Canada intitulé « Maman me raconte », qui permet à des femmes détenues de lire une histoire à leurs enfants par l'entremise d'un enregistrement. Cette activité permet à ces femmes et leurs enfants de maintenir un lien en dépit de la séparation consécutive à l'incarcération.