Rebecca Sutton

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en droit
Affiliation actuelle:
London School of Economics and Political Science
Région:

Elle étudie les interventions de la communauté internationale dans les conflits armés actuels à travers leurs dimensions juridique, militaire et humanitaire.

La boursière Trudeau 2014 Rebecca Sutton est avocate et doctorante à la London School of Economics and Political Science. Mme Sutton détient un baccalauréat en droit avec distinction de l’Université de Toronto. Après avoir occupé le poste d’auxiliaire juridique à la Cour d’appel de l’Ontario, elle a été acceptée au sein du Barreau de l’Ontario. Elle détient une maîtrise en violence, conflits et développement de la School of Oriental and African Studies à l’Université de Londres, et elle a occupé le poste de directrice du Soudan pour War Child Canada de 2009 à 2011, depuis le Darfour. Les recherches de Mme Sutton ont été publiées dans des revues telles que le National Journal of Constitutional Law, Criminal Law Quarterly, Refuge et Citizenship Studies. Sa thèse de doctorat porte sur la recherche ethnographique en République centrafricaine, au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo.

Projet de recherche

L'aide humanitaire juridique en temps de guerre : le destin des principes humanitaires traditionnels et l'avenir des relations entre civils et militaires

Mon projet de recherche

Le point de départ de ce projet de recherche interdisciplinaire est que ni le droit humanitaire ni l'aide humanitaire ne peuvent être considérés en dehors des conflits qu'ils visent à régler ou à atténuer. Lors d'interventions du Canada et de la communauté internationale dans des situations actuelles de conflits, l'« espace humanitaire » au sein duquel l'aide est fournie ne constitue plus le domaine exclusif des acteurs humanitaires. Les acteurs militaires et politiques participent à l'aide humanitaire dans le but de répondre à des objectifs de sécurité, de politiques, de renseignement et de stratégies. Fait intéressant, ces acteurs font souvent appel aux principes humanitaires traditionnels afin de légitimer leurs gestes. Bien que cela suggère que ces principes maintiennent une certaine forme de pouvoir, il existe également un risque que ce pouvoir s'amenuise au fil du temps. Bien entendu, les acteurs militaires et politiques ne sont pas les premiers à instrumentaliser ou à politiser l'aide. Il s'agit d'un problème auquel fait face la communauté humanitaire depuis des années. Dans le cadre d'interventions actuelles multinationales et à plusieurs mandats aux quatre coins du globe, est-ce que les principes humanitaires traditionnels demeurent valides? À quoi devraient ressembler les relations entre les civils et militaires? Le Canada devrait diriger le débat.

 

 

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes 

Mon projet porte sur le droit humanitaire et sur la façon dont entrent en jeu les principes humanitaires traditionnels, à savoir la neutralité, l’impartialité et l’indépendance. J’emploie le concept d’« espace humanitaire » pour décrire le champs d’action dans lequel le personnel humanitaire peut accomplir ses tâches librement. Au cours des dernières années, on observe que les sphères politique et militaire s’invitent dans cet espace humanitaire; cela remet en question la nature des relations entre civiles et militaires ainsi que la pertinence des principes humanitaires traditionnels. Ces règles et principes sont-ils toujours valables de nos jours, là où le Canada et la communauté internationale interviennent dans des conflits armés? J’aborde ces enjeux du point de vue du droit, de l’action humanitaire et des sciences sociales. Ces domaines sont souvent isolés les uns des autres, mais ils se croisent inévitablement en situation de guerre : le droit international tente de réglementer et d’empêcher les conflits armés, l’action humanitaire vise l’atténuation de l’impact sur les victimes alors que les sciences sociales se penchent sur les schémas des conflits aussi bien que sur les interventions. En réunissant ces domaines, j’espère pouvoir offrir de nouvelles pistes pour solutionner ce type de problème mondial.

Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir ce projet en particulier?

Ce projet a commencé à prendre forme en 2006 alors que je faisais des études supérieures à l’École des études orientales et africaines. J’étudiais l’économie politique de la violence, des conflits et du développement. J’ai aussi fait des cours en littérature comparée et sur les droits de la personne. J’ai été étonnée par les façons totalement différentes d’aborder la guerre dans ces disciplines. Ensuite, j’ai travaillé pour le ministère des Affaires étrangères et pour l’ONG War Child Canada. Quand le Canada a créé l’Équipe provinciale de reconstruction en Afghanistan – laquelle comprend des intervenants des milieux militaires, humanitaires et politiques –, je me suis tout de suite intéressée à cette démarche. Est-ce qu’une meilleure intégration des intervenants aurait nécessairement des répercussions plus efficaces? Le temps a passé; j’ai étudié le droit et j’ai travaillé au Soudan. À titre de directrice de War Child pour le Soudan, je suis arrivée au Darfour en 2009 dans la foulée de l’expulsion de plusieurs intervenants humanitaires. Il s’agissait d’une réaction à la décision de la Cour pénale internationale de porter accusation contre le président Omar Al Bashir; le gouvernement soudanais croyait que les intervenants humanitaires communiquaient des renseignements à la Cour. Les domaines de la politique, de la sécurité, du renseignement et de l’action humanitaire s’entremêlaient et les conséquences étaient désastreuses pour les intervenants aussi bien que pour la population. En retournant à la Faculté de droit, je me suis rendue compte que l’image de la guerre brossée par le droit n’avait rien à voir avec ce que j’avais vécu au Soudan. Toutes ces expériences m’ont menée à définir un projet de doctorat mêlant le droit, l’aide humanitaire et la guerre, ce qui me permettrait de glaner des données empiriques pour aborder les problématiques intuitives qui s’étaient développées en moi avec les années.

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant?

Les questions que je me pose ne sont pas nouvelles en soi, mais j’ai l’intention de les aborder différemment afin de trouver de nouvelles idées pour alimenter le débat. On étudie souvent le droit comme si c’était une discipline séparée de la guerre, voire supérieure. On a tendance à traiter les principes humanitaires comme des concepts abstraits, renforçant ainsi l’écart embarrassant entre ces principes et la réalité du terrain. Je pense que nous évitons d’aborder la question de l’impact sur le terrain parce que ça semble insurmontable du point de vue logistique et nous avons peut-être peur des chose que nous découvrirons. Mais il y a un réel besoin d’accroître le fonds de données et d’étoffer la recherche, ce qui permettra d’éclairer les politiques et les interventions. Si on cherche une plus grande efficacité dans les lois qui réglementent les situations de guerre ou dans les tentatives internationales pour atténuer les dommages chez les victimes, il faut que nous laissions un peu les livres et que nous allions dans les zones déchirées par la guerre. Il faut réunir les connaissances tacites des individus aux prises avec la guerre, notamment les victimes de guerre et les intervenants (internationaux). 

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux? 

Le Canada et la communauté internationale doivent s’engager sans tarder dans un débat éclairé sur la pertinence des principes humanitaires traditionnels et sur l’avenir des relations entre le civil et le militaire, dans le domaine du droit comme dans la pratique. À cette fin, nous avons besoin de personnes qui empruntent une démarche multidisciplinaire et qui savent établir des liens entre les milieux universitaires et l’action humanitaire. Dans l’état actuel des choses, les avocats pensent en termes de droit humanitaire et de normes juridiques internationales, les analystes de politiques pensent aux directives éthiques et au déroulement des interventions pendant les conflits, tandis que les acteurs civils et militaires tentent de mettre toutes ces choses en pratique sur le terrain. Je souhaite que ma recherche serve à éclairer de nouvelles politiques au Canada et dans la communauté internationale, mais je voudrais aussi que mon processus de recherche donne lieu à de nouvelles méthodes d’intervention. J’ai l’intention d’étudier les façons de recueillir et de valider des données auprès de populations vulnérables dans des situations de conflit, et de voir comment on peut appliquer ces données au domaine du droit de même qu’à l’action humanitaire. 

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?

Les derniers soldats canadiens sont récemment revenus d’Afghanistan, mettant fin à douze années de participation canadienne là-bas. C’est le moment pour le Canada et pour la communauté internationale d’amorcer une réflexion. Quel a été l’impact de cette intervention? Certains modèles d’intervention employés en Afghanistan, comme l’Équipe provinciale de reconstruction, seront sans doute reproduits ailleurs. Est-ce une bonne chose? Si oui, pourquoi? Par ailleurs, le modèle d’« intégration » adopté par les Nations Unies gagne en popularité et on demande aux militaires, aux intervenants humanitaires et aux politiciens de travailler de plus en plus étroitement dans des situations de guerre ou d’après-conflit. Avant que le Canada et que la communauté internationale n’aillent plus loin dans l’intégration des rôles de divers acteurs, il faut étudier attentivement les risques qui en découlent et les occasions qui s’offrent. Je souhaite que mon projet de recherche donne lieu à des recommandations pertinentes pour éclairer ce débat.

Durant son adolescence, Rebecca passe six années dans les Cadets de l'Aviation royale du Canada, où elle obtient son brevet de pilote. Lauréate nationale de la Fondation des bourses d'études canadiennes du millénaire, Rebecca s'inscrit au programme arts et sciences de l'Université McMaster dans le cadre de ses études de premier cycle. Durant sa troisième année d'études, elle participe à un programme d'échanges d'étudiants au Ghana, en Afrique occidentale, et termine une double spécialisation en études sur la paix. Après l'obtention de son diplôme de l'Université McMaster, Rebecca est travailleuse auprès des jeunes sur deux réserves autochtones en Alberta, où elle réside également. Elle complète une maîtrise en violence, conflits et développement de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres, en Angleterre. Puis, elle consacre plusieurs années à travailler dans le domaine de l'aide et du développement humanitaires. Elle est consultante auprès de la Direction de la sécurité des personnes du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement ainsi que du Canadian Centre for Treaty Compliance, et occupe le poste de gestionnaire des programmes internationaux au siège social de l'ONG War Child Canada à Toronto.

Rebecca étudie par la suite à la Faculté de droit de l'Université de Toronto, où elle est bénévole au sein de l'équipe d'urgence de la Refugee Division du Downtown Legal Services (DLS) (services juridiques du centre-ville). Elle participe également à plusieurs groupes de travail du Programme international des droits de la personne de sa faculté, dont un stage d'été à Johannesburg, en Afrique du Sud, où elle enquête sur la détention et l'expulsion de migrants clandestins. Puis, elle s'absente de la Faculté de droit pendant deux ans afin de travailler pour War Child Canada au Darfour. De 2009 à 2011, elle occupe le poste de directrice de pays du Soudan pour War Child. Elle y supervise le programme humanitaire de l'organisme au Darfour. À son retour à la Faculté de droit, Rebecca dirige un groupe de travail étudiant en droit humanitaire international, et poursuit son travail clinique auprès de clients à faible revenu. Elle passe un été à travailler dans un important cabinet spécialisé en litige, et dirige un projet de recherche pluriannuel sur le traitement des prisonnières au Canada aux prises avec des problèmes de santé mentale. Rebecca termine un baccalauréat en droit avec distinction et reçoit le prix Dean’s Key de même que le prix Goodman en droit administratif. Elle est auxiliaire juridique à la Cour d'appel de l'Ontario à la fin de sa période de stage et sera admise au Barreau de l'Ontario en juin 2014.

Rebecca est également patineuse désignée pour l'équipe de patins à roulettes "Death Track Dolls" de Toronto !