Nathan Lemphers

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en science politique
Affiliation actuelle:
Université de Toronto
Région:

Il tente d’appliquer au Canada l’expérience norvégienne qui vise à diminuer ses émissions de carbone tout en poursuivant l’extraction de combustible fossile.

Mon projet de recherche

La Norvège, le Canada et l’Australie sont les plus importants producteurs de combustibles fossiles des pays industrialisés. Pourtant, seule la Norvège a su éviter le climat de gouvernance médiocre souvent associé aux pays ayant une production importante de combustibles fossiles. Ce phénomène est qualifié aujourd’hui de malédiction du carbone. Quels éléments font en sorte que les systèmes politiques de certains pays industrialisés riches en réserves de combustibles fossiles sont plus ou moins susceptibles à la malédiction du carbone? Le projet de doctorat de Nathan examine les enchaînements de causalité de la théorie de la malédiction du carbone dans les pays industrialisés riches en réserves de combustibles fossiles. Si le Canada souhaite atteindre le double objectif d’une extraction de combustibles fossiles élargie et d’une décarburation, il est essentiel d’identifier comment d’autres pays ont réussi à dissocier extraction des combustibles fossiles et émissions de carbone.

 

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes

La Norvège, le Canada et l’Australie sont les plus importants producteurs de combustible fossile parmi les pays à forte économie. Cependant, seule la Norvège a réussi à éviter le climat de gouvernance malsain souvent associé aux grands producteurs de combustible fossile, un phénomène connu comme la malédiction du charbon. Qu’y a-t-il dans les systèmes politiques de ces économies riches en pétrole qui les rende plus ou moins sujets à cette malédiction? Dans le cadre de mes recherches, je vais explorer l’enchaînement des causalités théoriques de la malédiction du charbon dans les économies fortes et riches en combustible fossile. 

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce projet en particulier?

Avant mes études doctorales, j’ai été analyste pendant quatre ans auprès de l’Institut Pembina, un groupe de réflexion sur les politiques environnementales et énergétiques au Canada. Mon travail portait principalement sur les enjeux politiques liés à l’exploitation des sables bitumineux et aux oléoducs, un des enjeux politiques les plus en vue au pays. Avec ce projet de recherche, je compte élargir mes connaissances pour savoir ce qui se fait dans d’autres pays et voir s’il y a des applications possibles pour le Canada. Cette recherche est importante en raison de l’urgence pour trouver des solutions aux effets du changement climatique. Les pays ont besoin plus que jamais d’apprendre les uns des autres afin de séparer la croissance économique d’une hausse des émissions de gaz à effet de serre.

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant?

La malédiction du charbon est une théorie relativement récente. Elle a été décrite en 2013 par Joerg Friedrichs et Oliver Interwildi, deux chercheurs de l’Université d’Oxford. En validant et en précisant cette théorie, puis en établissant des liens avec les théoriques actuelles de la science politique, ma recherche aidera à améliorer les connaissances sur l’efficacité de la gouvernance pour les questions climatiques. La Norvège est un cas bien particulier : on y observe une industrie des combustibles fossiles bien développée et le pays s’est doté de politiques climatiques avant-gardistes. Mes recherches serviront à mettre en contexte l’expérience de la Norvège face à d’autres pays semblables et servira à dégager des façons de mieux faire face à la question du changement climatique au Canada. 

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux?

Mes recherches donneront certainement lieu à des articles scientifiques, qui serviront aux politicologues intéressés par les politiques climatiques et énergétiques. Mais j’espère que mon travail aura aussi une influence au-delà des milieux universitaires traditionnels. Mes résultats de recherche seront très utiles pour les responsables de politiques du Canada,de l’Australie et de la Norvège qui visent un développement responsable des ressources et qui aspirent à une gouvernance efficace pour les questions climatiques. Étant donné l’importance et l’ampleur des impacts liés aux changements climatiques, les chercheurs et les politiciens doivent s’engager fermement pour trouver des solutions. Mes recherches aideront ceux qui veulent mieux comprendre la compatibilité entre l’exploitation des combustibles fossiles et une réduction des émissions dans tous les secteurs de l’économie. Mes travaux seront aussi utiles pour les analystes du secteur financier et de l’industrie pétrolifère et gazière qui s’intéressent aux relations entre l’exploitation des combustibles fossiles et les politiques climatiques. J’ai aussi l’intention de publier des articles d’opinion dans les journaux et un livre sur les politiques climatiques et énergétiques à l’intention du grand public. 

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?

Les débats publics sur les politiques climatiques et énergétiques au Canada seront de plus en plus intenses dans les prochaines années. Bien qu’il soit difficile de prédire quels partis politiques siégeront aux parlements fédéral et provinciaux dans cinq ans, il ne fait aucun doute qu’une analyse qui s’appuie sur les méthodes et théories les plus poussées, de paire avec les pistes obtenues auprès de pays similaires, sera essentielle pour faire avancer le débat politique. Non seulement cette analyse peut-elle servir à éclairer la réglementation sur l’émission des gaz à effet de serre de l’industrie pétrolifère et gazière, mais elle peut aussi contribuer à l’élaboration de politiques sur le changement climatique plus globales et plus ambitieuses.

La recherche de Nathan examine la relation entre le développement des combustibles fossiles et la gouvernance climatique efficace. Il souhaite notamment identifier ce que le Canada pourrait apprendre de la façon dont d’autres pays industrialisés riches en réserves de combustibles fossiles, dont l’Australie et la Norvège, gèrent les changements climatiques. 

Avant d’entreprendre des études doctorales, Nathan a été analyste de politique principal au Pembina Institute, un centre d’étude et de recherche canadien sur l’environnement et la politique énergétique, poste qu’il a occupé pendant quatre ans. Il y a notamment publié des rapports de politiques et des pages en regard de l’éditorial sur les incidences environnementales et les aspects économiques du développement des sables bitumineux et des pipelines. Chez Pembina, Nathan a également participé à de nombreux projets de consultation privés et publics sur des enjeux aussi variés que la règlementation du forage pétrolier et gazier, les politiques des terres humides, l’éco-conception et les rapports sur la viabilité. En 2013, il a comparu devant une audience de la Commission d’examen conjointe du pipeline Enbridge Northern Gateway et devant le Comité permanent des ressources naturelles de la Chambre des communes sur la diversification du marché dans le secteur énergétique. Il a également comparu devant le Comité sénatorial permanent de l’énergie, de l’environnement et des ressources naturelles sur la sécurité du transport des hydrocarbures au Canada. En tant que commentateur sur la politique énergétique et le climat, Nathan est souvent sollicité, notamment par des grands quotidiens, dont la Gazette de Montréal, le Globe and Mail, le New York Times et le Washington Post. Il est également appelé à commenter régulièrement aux émissions de nouvelles et d’affaires publiques de CBC, Global et CTV.

Nathan a également été biologiste au Yukon, en Alberta et en France et, a été pédagogue environnemental et mentor auprès des jeunes, en plus d’avoir effectué un stage à l’UNESCO. Nathan est actuellement chercheur junior au Massey College, assistant de recherche au laboratoire de gouvernance environnementale de la Munk School of Global Affairs de l’Université de Toronto et membre des Futurs leaders du Conseil de l’Atlantique au programme environnemental et politique énergétique. Il siège également en tant qu’expert de la communauté d’intérêt de l’initiative Vers le développement minier durable de l’Association minière du Canada. Il détient un baccalauréat en science (sciences de l’environnement et de la conservation) de l’Université de l’Alberta et une maîtrise en planification urbaine de la Massachusetts Institute of Technology, avec un certificat en politiques et planification environnementales. Sa thèse portait sur l’interface entre le rendement environnemental de trois exploitations minières du sable pétrolifère et les politiques environnementales du gouvernement de l’Alberta.