Claudia Stoicescu

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en intervention sociale
Affiliation actuelle:
Université Oxford
Région:

Claudia s’intéresse aux comportements qui augmentent le risque d’infection au VIH par injection ou par transmission sexuelle chez les femmes défavorisées en Indonésie.

L’experte en santé publique et boursière Trudeau 2014 Claudia Stoicescu a effectué des recherches sur l’utilisation des drogues injectables, le VIH et les politiques en matière de drogue dans plus de trente pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Amérique du Nord et d’Europe. Son domaine d’expertise comprend l’offre de conseils aux organisations internationales, aux décideurs et aux gouvernements, ainsi que la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des interventions en matière de genre, de réduction des méfaits et de politiques fondées sur des données probantes. Les travaux de doctorat de Mme Stoicescu ont été menés dans les centres urbains d’Indonésie, où on trouve des taux élevés d’utilisation de drogues. Ces travaux portaient sur les facteurs associés au risque d’infection au VIH chez les femmes qui consomment des drogues injectables, incluant les expériences de violence infligée par des policiers ou des partenaires intimes, les problèmes de santé mentale et d’accès aux soins de santé.

Projet de recherche

Déterminer les variables explicatives des comportements à risque en matière de VIH parmi les usagères de drogues injectables en Indonésie

Mon projet de recherche

Les usagères de drogues injectablesont été largement sous-représentées en ce qui a trait à la surveillance du VIH sur le plan international et national ainsi qu’en matière d’études et de politiques. Malgré les faits prouvant que les usagères de drogues injectables ont des besoins différents et font souvent face à des risques plus élevés pour la santé comparativement à leurs congénères masculins, les quelques études qui ont porté sur les femmes ont été principalement menées dans des pays à revenu élevé. La sous-représentation des usagères de drogues et de drogues injectableset des problèmes qu'elles rencontrent dans les secteurs de la recherche, de la prestation de services et des politiques s'est traduite par le refus à de soins de santé de base et à d'autres droits de la personne pour des centaines de milliers de femmes à travers le monde.

La recherche de Claudia examine les variables explicatives des comportements à risque en matière de VIH relatifs au sexe et à l'utilisation de drogues injectables parmi les usagères de drogues injectables en Indonésie. Sa recherche applique une approche participative et utilise un ensemble de collecte des données épidémiologiques sur le terrain, de méthodes d’analyse statistique multidimensionnelles et une analyse documentaire systématique. Enfin, son travail a pour objectif d'informer sur l'élaboration de politiques et de programmes qui tiennent compte de la spécificité des sexes, fondés sur des données probantes, et qui visent à améliorer la vie et les résultats sur la santé de cette communauté. 

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes 

Dans le cadre de mon projet de recherche, j’étudie les facteurs de risques individuels, sociaux et structurels d’infection au VIH par injection ou par transmission sexuelle chez les femmes qui s’injectent des drogues. Cette étude de cas porte sur l’Indonésie, où entre un tiers et la moitié des personnes qui s’injectent des drogues doivent vivre avec le VIH. Mon travail est une démarche globale et participative qui tient compte des multiples facettes de l’expérience personnelle et qui se penche sur le rôle de plusieurs facteurs – tels le soutien social, les besoins économiques, les forces de l’ordre, l’emprisonnement, l’accès aux services ou la violence – dans l’état de santé des femmes. 

Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir ce projet en particulier? 

Au cours de mes études et de ma carrière, je me suis intéressée aux injustices auxquelles font face les groupes vulnérables aux prises avec le VIH et l’accoutumance. Mon travail dans la prestation de services de première ligne, le militantisme ou la recherche m’a peu à peu amenée à comprendre l’importance des disparités entre les sexes dans l’usage des drogues, dans les comportements à risque et dans l’accès aux services sociaux et de santé. Ces disparités sont le moteur de mon travail. Malheureusement, la recherche sur les relations entre l’usage des drogues et le VIH portent habituellement sur les hommes toxicomanes. Le peu d’études universitaires qui traitent de la question des femmes ont surtout lieu dans des pays riches et développés.

Les études démontrent que, comparé aux hommes qui s’injectent des drogues, les femmes toxicomanes connaissent des taux plus élevés d’infection au VIH et de mortalité, de même que davantage de problèmes de stigmatisation, de discrimination et de violence venant de leur communauté, des forces de l’ordre et des prestataires de services de santé. La sous-représentation des femmes toxicomanes – et des enjeux auxquels elles font face – dans la recherche, les programmes ou les politiques se traduit par un refus des soins de santé de base et des droits pour des centaines de milliers de femmes dans le monde. 

Mon objectif principal est de traiter ces problèmes négligés de santé et d’injustices sociales, et de faire la promotion du droit à la santé et à la dignité pour ces femmes marginalisées.

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant? 

Les données montrent clairement qu’il y a, chez les femmes qui utilisent ou s’injectent des drogues, des facteurs multiples et imbriqués qui accentuent leur vulnérabilité face au VIH et à d’autres virus transmis par le sang. Malgré cela, les besoins particuliers des femmes sont très peu étudiés et font l’objet de bien peu d’interventions. 

Je souhaite pallier à cette lacune qui gravite autour de la question du genre, de la consommation de drogues et du VIH. Je veux apporter des données utiles pour la mise au point de programmes et de politiques à l’intention des femmes. Cela aidera à réduire le fossé en matière de recherche, de politiques et de programmes, non seulement dans des régions pauvres comme le Sud-Est asiatique, mais partout dans le monde.  

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux? 

Cette recherche vise à améliorer la vie de femmes toxicomanes marginalisées en éclairant la mise au point de programmes fondés sur les données probantes et l’élaboration de politiques à l’intention des femmes. À cette fin, mon projet de recherche compte sur la participation d’intervenants locaux tels que le ministère de la Santé, la Commission nationale du sida, des chercheurs locaux et des organisations communautaires dans tous les aspects de l’étude, soit la conception, la mise en œuvre et la diffusion. En ce sens, l’étude ne se penche pas uniquement sur les questions propres aux femmes, à l’accoutumance et au VIH, mais fait en sorte que les résultats soient utilisés dans le développement de services efficaces au profit des femmes marginalisées aux prises avec l’accoutumance. 

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années? 

Dans les trois à cinq prochaines années, les résultats de cette recherche aideront à accroître la visibilité de cet enjeu laissé pour compte dans les secteurs de la santé publique et des politiques internationales. Le vécu et les besoins des femmes toxicomanes sont également négligés, au niveau international, par la majorité des responsables de politiques et des chercheurs, que ce soit au Canada ou en Indonésie. Cette recherche peut aider à mettre le problème des femmes toxicomanes au centre des recherches, de la conception de programmes ou de l’élaboration de politiques qui tiennent compte de la spécificité des femmes. Mon travail pourra éclairer la mise en place de changements significatifs dans les façons d’aborder et de faire participer les femmes dans des recherches sur l’accoutumance et le VIH, dans la prestation de services et dans l’élaboration de politiques. En définitive, elle peut changer la vie des femmes.

À titre de fournisseuse de service de première ligne, d’analyste et de chercheuse en Amérique du Nord, en Europe et en Asie du sud-est, Claudia Stoicescu a travaillé énormément dans les domaines du VIH/sida, de la toxicomanie et de la réduction des méfaits. Originaire de la Roumanie, Claudia a immigré à Toronto en 1996, où elle a obtenu son baccalauréat ès arts avec distinction en science politique de l’Université York. Lors de ses études de premier cycle, elle a travaillé activement à sensibiliser les gens sur le VIH. Elle s'est démarquée grâce à ses qualités de meneuse au sein de la première section des jeunes de Dignitas International de l'université, un organisme humanitaire médical qui travaille à la défense des droits de la personne et de la dignité de groupes vulnérables touchés par le VIH, et par le biais de son travail de sensibilisation communautaire au sein de l'AIDS Committee of Toronto. Claudia a obtenu sa maîtrise ès sciences du Centre for Evidence-Based Intervention d’Oxford, où elle a examiné les variables explicatives des comportements sexuels à risque parmi les jeunes du Kazakhstan.  

Plus récemment, Claudia a occupé divers postes en recherche et en défense des droits auprès d'Harm Reduction International (HRI), de l'Open Society Foundations et de l'European Harm Reduction Network (réseau européen de réduction des méfaits). Au HRI, Claudia a géré le Global State of Harm Reduction 2012, soit la seule publication indépendante qui surveille la mise en œuvre de programmes sur le VIH et assure une couverture des usagers de drogues injectables à travers le monde, ainsi que le principal document de référence pour les organisations de la société civile et les décideurs dans les domaines du VIH et de la toxicomanie. Au cours de cette même période, Claudia a été l'auteure principale de Beirut Declaration, la déclaration officielle de 2011 de l'International Harm Reduction Conference (conférence internationale sur la réduction des méfaits). Cette initiative a appelé à accorder davantage d'attention aux programmes de prévention sur le VIH et aux politiques sur les drogues fondés sur des données probantes auprès des usagers de drogues injectables précédant la Déclaration politique sur le VIH/sida 2011 d'ONUSIDA, et a été adoptée par plus de 200 organismes à l’échelle mondiale, en plus de faire l'objet d'un éditorial dans la revue médicale Lancet. 

Depuis 2008, Claudia a travaillé pendant plusieurs années auprès d’organismes communautaires dans le domaine du VIH, du développement et de la toxicomanie en Indonésie. Au cours des deux dernières années, Claudia a collaboré avec des chercheurs indonésiens et internationaux, des décideurs, des organismes communautaires et des femmes touchées par le VIH afin de planifier sa recherche actuelle sur les facteurs qui influencent les risques de VIH auprès des usagères de drogues injectables en Indonésie. Mis à part son engagement dans son travail sur le VIH et la toxicomanie, Claudia a publié au sein de médias indépendants au Canada et au Royaume-Uni, et est passionnée de poésie et de photographie.