Aaron Mills

Boursiers
2014
Mentor(s): 
Programme d'étude:
Doctorat en droit et société
Affiliation actuelle:
Université de Victoria
Région:

Il examine la tradition juridique anishinabée et tente de voir comment la démystification des systèmes juridiques autochtones peut permettre aux Canadiens de mieux comprendre les enjeux autochtones.

Les travaux de recherche d’Aaron Mills portent sur le constitutionnalisme anishinaabe découlant de la conception du monde des Anishinaabe. Le fondement culturel est crucial pour ses recherches, car il représente une occasion de comprendre ce qui est le plus cher aux communautés Anishinaabeg et permet d’en établir les raisons. Grâce à cette compréhension, les peuples colonisateurs ont le pouvoir de délaisser les relations existantes fondées sur la domination pour les remplacer par des relations reposant sur des traités efficaces grâce auxquelles les communautés politiques autochtones et canadiennes pourront toutes deux prospérer. À cette fin, Aaron travaille de différentes façons avec les sages autochtones et les détenteurs de savoir, les communautés autochtones, les avocats, les juges, les chercheurs, les étudiants, les médias, les ONG, les organismes de la fonction publique et les membres du grand public qui souhaitent s’impliquer.

Projet de recherche

Le projet de doctorat d’Aaron explore le problème politique du système colonial au Canada et dans quelle mesure les lois canadiennes desservent les fins de ce système. Le colonialisme n’est pas un fait historique accompli : c’est un mode relationnel, celui d’une violence systématique et institutionnalisée. C’est également le fondement des relations contemporaines entre les peuples autochtones et la Couronne, et de nombreuses relations entre les citoyens autochtones et non-autochtones du Canada. Cet enjeu pourrait être adressé si les peuples autochtones étaient habilités à revitaliser leurs propres systèmes juridiques et si les responsables des lois canadiennes entamaient un dialogue constitutionnel avec eux plutôt que d’imposer les lois canadiennes sur eux.  

Un tel objectif n’est atteignable que si les Canadiens non-autochtones sont habilités à comprendre le fonctionnement et le fondement des lois autochtones. À cette fin, le projet de doctorat d’Aaron propose une articulation du constitutionnalisme Anishinaabe, puisée à même les aînés et les gardiens du savoir, la terre, les documents d’archives et les aadizookaanan (histoires sacrées). 

Q & A

Parlez-nous de votre projet de recherche et de ses grandes lignes  

Mon projet repose sur l’idée que les peuples autochtones, comme tous les peuples, ne sont libres que s’ils vivent dans un système juridique qui reflète leurs propres ensembles de normes, par exemple leurs notions de liberté, de justice et d’égalité, dont ils ont entériné la légitimité. Puisque le constitutionalisme canadien n’admet pas cette forme de liberté pour les peuples autochtones, le pays a institutionnalisé une relation de domination dont la violence se répercute sur tous et toutes, pas uniquement sur les peuples autochtones.  

Le colonialisme n’est pas un fait historique statique, mais plutôt un mode de relations qui subsiste encore de nos jours. Je crois que le seul moyen de décoloniser nos relations est de permettre une revitalisation des systèmes juridiques autochtones. Il est avantageux pour tous et toutes de se doter de sains systèmes juridiques. Dans ce sens, mon projet se penche sur le système juridique des Anishinabés (aussi connus comme les Ojibwés au Canada ou les Chippewas aux États-Unis) dont je fais partie. Je mets au point un concept de constitutionalisme anishinabé que tous les citoyens du Canada pourront comprendre, pas seulement ma propre communauté culturelle.    

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce projet en particulier?  

C’est un mélange de colère et d’espoir qui m’a amené à ce projet. En étudiant le droit, j’ai été déconcerté par les mécanismes qui sous-tendent l’engagement colonialiste actuel de mon pays. Sur toute la ligne, l’approche du Canada face aux peuples autochtones en est une d’imposition du pouvoir, et non de son partage. Tous les droits dont jouissent les membres des Premières Nations de par leur statut d’autochtones, que ce soit en vertu de lois du Parlement, d’accords ou de décisions judiciaires, sont soigneusement articulés de sorte à ne pas remettre en question le droit impérial, soit le privilège colonial non justifié qui sert de point de départ pour le Canada. Il s’agit d’une base inacceptable pour les politiques, les lois, la citoyenneté et le monde politique. Nous pouvons certainement faire mieux.   

 Parallèlement, j’ai découvert l’excellent travail de plusieurs personnes déterminées à repenser le constitutionalisme canadien sur les bases d’une non-violence. Parmi ces gens se trouvent mes directeurs de thèse et des membres de la nation anishinabée. Je suis profondément inspiré par ma grand-mère et par d’autres aînés avec qui je travaille et qui sont vivement intéressés par notre système juridique tout en se montrant préoccupés par le bien-être de tous et toutes.    

Qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau ou d’étonnant? 

Plusieurs personnes se sont penchées sur les façons de relater le fait que les peuples autochtones vivaient déjà sur l’île de la Grande Tortue quand les Européens ont commencé la colonisation. Certaines personnes rejettent toute influence européenne et voudraient que les descendants des Européens retournent d’où ils viennent. D’autres vont à l’opposé et acceptent le constitutionalisme démocratique libéral comme base du droit autochtone, évitant d’y jeter un regard critique. Plusieurs, enfin, se situent entre ces deux extrêmes.  

Mon point de vue remet en question toute l’entreprise du constitutionalisme canadien et reconnaît qu’il y a une place légitime pour les colons qui se sont établis sur la Grande Tortue. Mon intention n’est pas de transposer les systèmes juridiques autochtones en formes recevables aux yeux du constitutionalisme libéral. Ma conception du droit autochtone fait plutôt appel aux notions qui lui sont propres.    

Plusieurs personnes croient que la cohérence d’un système juridique repose sur la notion d’obligations, mais c’est là un point de vue essentiellement occidental. Dans nombre de peuples autochtones, le droit s’articule autour d’une « relation de dons ». Mais il est important de souligner que cela ne veut pas dire que ces systèmes sont exempts de toute contrainte. C’est tout simplement que les mécanismes y empruntent des logiques différentes. Je ne connais que quelques universitaires prêts à s’éloigner de la notion d’obligations; par ailleurs, c’est un concept que les aînés expriment plus facilement. Mon projet est unique en ce sens que je tente d’expliquer le droit autochtone à l’aide de ses propres concepts, c’est-à-dire la façon dont la logique d’une relation de dons, étrangère pour la plupart d’entre nous, peut générer un système juridique et composer la base d’une constitution pour une communauté politique.    

Selon vous, qui profitera le plus des résultats de vos travaux?  

J’espère que mon projet aura d’importantes répercussions sur les communautés anishinabées, mais cela ne fonctionnera que si les membres des communautés trouvent que c’est une ressource utile pour leurs objectifs. J’espère que mon projet donnera forme à un travail similaire dans d’autres groupes autochtones de la Grande Tortue. Mais surtout, si mon projet donne l’élan à une action citoyenne collective, je souhaite qu’il devienne un élément de transformation pour tous les citoyens du Canada. Mon travail pourrait aider les Non-Autochtones à envisager le passage d’une relation de pouvoir imposé à une relation de pouvoir partagé avec les Autochtones. Tout le monde en tirerait avantage. Si nos relations se fondent sur la confiance, les forces politiques peuvent se combiner et s’épauler, tout en évitant le conflit; et dans les situations de conflit – ce qui arrive inévitablement – nous serions plus disposés à nous écouter sincèrement. Je crois que mon projet met de l’avant la confiance parce qu’il appelle au respect des modes de vie et des connaissances autochtones tout en respectant le bien-être des Non-Autochtones qui vivent maintenant sur la Grande Tortue.    

À votre avis, quel impact aura votre travail sur les débats de politiques publiques au Canada dans les trois à cinq prochaines années?  

Si, au Canada, le dialogue sur la coexistence entre Autochtones et Non-Autochtones repose sur les notions de réconciliation, d’autonomie gouvernementale et d’accommodation, cela ne peut mener qu’à d’éventuels conflits. Le défi n’est pas de trouver des moyens d’accommoder les Autochtones dans le cadre d’une structure politique et juridique inébranlable. Cet objectif est une des raisons pourquoi les choses vont si mal. Les Canadiens et les Canadiennes doivent plutôt comprendre que les peuples autochtones ont, et ont toujours eu, leurs propres systèmes juridiques et leurs propres modes de gouvernance. En comprenant cela, les Non-Autochtones doivent soit remettre en question les conditions de leur présence ici, soit accepter passivement leurs privilèges indus de colonisateurs.  

En travaillant sur la conception du système juridique d’une nation autochtone, ma recherche stimule l’engagement citoyen face au statut politique. J’espère que mon travail servira de ressource pour toute personne intéressée par ces questions, et qu’il fera réfléchir ceux qui ne s’y intéressent pas. Qu’ils soient ou non d’accord avec ma démarche, je voudrais que les personnes de toute origine ou de toute allégeance politique accueillent ma proposition de mieux comprendre les systèmes juridiques autochtones; je souhaite qu’elles acceptent d’adopter une conception différente de leur terre et de leur pays. Tous les étudiants en science politique ou en droit devraient étudier les systèmes juridiques autochtones. Ma recherche vise à remettre ces systèmes au centre de la politique canadienne et de la conscience juridique.

Aaron Mills (Waabishki Ma’iingan, Baatwetang) est un Anishinaabe du clan de l’ours de la Première Nation Couchiching, territoire du Traité No. 3, né  à North Bay, Ontario. Il est également membre du territoire du Traité Robinson-Huron. Diplômé en droit (JD) de l’Université de Toronto en 2010, il a été rédacteur en chef du Indigenous Law Journal et membre du conseil d’administration de l’organisme Aboriginal Legal Services of Toronto.  Il a terminé son stage en droit chez Olthuis Kleer Townshend LLP en 2011, où il a notamment contribué à un dossier de titre ancestral, à plusieurs dossiers sur l’obligation de consulter, à un dossier de droits issus de traités, à des affirmations du droit autochtone et à la protection d’un site sacré Anishinaabe. En 2012, Aaron a reçu une bourse Fulbright pour étudier à l’école de droit de l’Université Yale, où il a obtenu sa maîtrise en droit (LL.M). Actuellement, Aaron est boursier d’études supérieures du Canada Vanier et étudiant au doctorat à la Faculté de droit de l’Université de Victoria. Il est également membre du conseil d’administration de l’Association du Barreau Autochtone du Canada.   

Aaron puise beaucoup d’inspiration de sa mère et sa nookomis (grand-mère) qui ont toujours vécu en aidant les autres au meilleur de leurs capacités. L’un de ses principaux objectifs est de s’assurer que sa recherche dépassera largement le cadre du monde académique. Or, déjà dans le cadre de sa première année d’études doctorales, il a identifié différentes méthodes qui lui permettraient de faire valoir ses recherches dans le domaine public.  

La thèse d’Aaron porte sur le constitutionnalisme Anishinaabe et est supervisé par les professeurs John Borrows et James Tully. Elle trouve sa source dans la conviction qu’un ordre juridique autochtone revitalisé bénéficierait tous les Canadiens.

  • 14 Août 2017
    Dans le cadre de l’initiative des domaines d'enquête prioritaires de la Fondation, le boursier 2014 Aaron Mills a obtenu un soutien financier de la Fondation pour l’année 2016-2017 afin de mener à bien un projet intitulé Revitalizing Anishinaabe Innakonigewin.
  • 1 Juin 2017
    L’Université McGill vient d’annoncer la nomination du boursier 2014 Aaron Mills en tant que professeur adjoint. Il rejoindra la faculté de droit en août 2018. Les recherches et l’enseignement d’Aaron se concentrent sur les systèmes juridiques autochtones et les ordres constitutionnels autochtones qui les guident. Il complète actuellement son doctorat à l’Université de Victoria, où il cherche à créer une théorie du cadre juridique Anishinaabe.
  • 22 Novembre 2016
    Le boursier Trudeau 2014 Aaron Mills a reçu le prix Talent, l’un des cinq Prix Impact du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH). Le prix Talent souligne les réalisations exceptionnelles d’un étudiant qui détient une bourse de doctorat ou d’un chercheur qui détient une bourse de recherches postdoctorales du CRSH. Il est assorti d’une bourse de recherche de 50 000 $.
  • 8 Août 2016
    La Fondation Pierre Elliott Trudeau est heureuse d'annoncer l'approbation de son deuxième volet de projets de domaines d'enquête prioritaires. Les trois projets portent respectivement sur l'examen du droit autochtone, un laboratoire d'innovation sociale afin de s'attaquer à la question des déchets alimentaires et un dialogue sur l'inclusion de la jeunesse musulmane canadienne.
  • 27 Mai 2014
    La Fondation Trudeau nomme 14 nouveaux boursiersLes doctorants cherchent des solutions à des enjeux importants pour les Canadiens