27 Janvier 2010

Université de Sherbrooke

"Confessions d'une biographe: la réalité dépasse-t-elle la fiction?" L’écriture contemporaine a connu un intéressant syncrétisme ou mélange des genres. Il n’est désormais plus nécessaire de souligner la dichotomie entre fiction et oeuvre non romanesque. Certains romans contiennent, en effet, des références bibliographiques. Les textes non romanesques s’accompagnent parfois de dialogues fictifs ou d’anecdotes. Même le milieu du journalisme commence à s’intéresser au fait autobiographique, alors qu’autrefois l’objectivité y était de rigueur. De nos jours, bon nombre des meilleurs travaux journalistiques s’écrivent à la  première personne. D’où vient cet intérêt pour les confidences intimistes? Je crois que cette tendance est née du démantèlement postmoderne des anciennes orthodoxies : en ces temps où toutes les idéologies sont remises en doute, le seul terrain qui permette la prise de position publique est, paradoxalement, l’expérience personnelle. En examinant ma carrière d’écrivaine et les douze livres que j’ai écrits, je me demande ce qui m’a poussée vers la création non romanesque; cet art qui s’intéresse aux possibilités du témoignage, où l’auteur consigne ce qui s’est réellement produit, ancré dans l’histoire, le contexte, le temps et le lieu, tout en passant sous silence les motivations et l’expérience de la personne qui rapporte les faits, c’està- dire l’écrivain. Cette conférence traitera du sous-texte de certains de mes livres. J’y présenterai des anecdotes factuelles qui ont parsemé mes recherches, anecdotes qui sont aussi fascinantes et complexes que dans tout travail de fiction.